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Les droits de l’homme en Corée du Nord - December 10 2002

Document original http://www.csw.org.uk/nkreport.asp

Sommaire:

 

Page
Introduction et méthode de recherche 1
Répression généralisée et société 2
Centres de détention et prisons 3
Torture 3
Absence de procès équitables 3
Centres de détention de longue durée 3
Familles des prisonniers politiques 5
Exil intérieur 5
Expérimentations sur des êtres humains (y compris expérimentations chimiques) 5
Exécutions 6
Liberté religieuse 6
Châtiments pour émigration illégale 7
Avortement forcé et infanticide 7
Situation à la frontière 7

Introduction et méthode de recherche

  • CSW a interviewé environ 50 Nord-Coréens dans quatre pays pendant les deux dernières années afin de déterminer la situation des droits de l'homme en Corée du Nord.
  • Les interviews se sont déroulées à la frontière de la Chine avec la Corée du Nord, en Asie du Sud-Est, en Corée du Sud et au Japon.
  • Les personnes interviewées en vie comprennent d'anciens prisonniers aussi bien que des responsables d'emprisonnements et de tortures.
  • Parallèlement à ces interviews, CSW a travaillé et a été en relation avec de nombreuses personnes et organisations qui travaillaient avec les Nord-Coréens, ainsi que des membres du corps diplomatique et des personnes qui ont travaillé à l'intérieur du pays.
  • Pour analyser les témoignages, CSW a également eu recours à des examens médicaux, des analyses psychiatriques et des avis d'experts en médecine.
Sans aucun doute, les preuves concordantes de violations caractérisées des droits de l'homme en Corée du Nord constituent un cas juridique bien fondé contre ce pays. Comme le régime nord-coréen ne coopère pas pour permettre les enquêtes, on conclut naturellement que la Corée du Nord viole de manière très sérieuse ses obligations en matière de droits de l'homme, ce qui exige que l'on aborde la situation de manière énergique et urgente.

Les commentaires qui suivent constituent un tableau général de la situation. Il y a évidemment des différences locales dans la pratique et d'autres différences qui dépendent du personnes interrogées et des circonstances. Néanmoins il y a beaucoup de comptes-rendus similaires provenant de témoins interviewés à des moments et dans des lieux différents.

Répression généralisée et société

En Corée du Nord, les droits de l'homme sont bafoués à tous les niveaux. L'absence d'état de droit et l'arbitraire créent une culture fondée sur la répression et la peur. La pratique de la torture et les violations du droit à la vie, à l'intégrité physique et à une procédure conforme à la loi paraissent fréquents et systématiques.

Le contrôle de la société se fait à grande échelle et dans tous les détails ; il s'accompagne d'une diffusion constante de propagande, d'une surveillance étroite et de la répression très dure de toute action ou de tout propos supposé indiquer une absence de soutien total au régime. Ainsi, la liberté d'expression et de religion sont étroitement contrôlés et même la liberté de pensée est bafouée. Les libertés de déplacement, de réunion et d'association sont toutes strictement limitées.

Dans une société qui bafoue si gravement les droits de l'homme, on pourrait s'attendre à ce que les Nord-Coréens considèrent généralement que leurs souffrances sont dures. Ce n'est pas le cas. Ils considèrent généralement qu'ils vivent dans une société relativement civilisée. Cette attitude peut s'expliquer par la nature traditionnelle de cette société, fondée sur la soumission, par la propagande et le lavage de cerveau omniprésents, et par le fait que le pays est depuis longtemps coupé des influences et informations venues de l'extérieur.

La propagande a réussi à inculquer le respect et l'estime des dirigeants. Le sentiment que la Corée du Nord est toujours en alerte contre « l'ennemi » engendre aussi un esprit nationaliste qui dénature une grande partie du mécontentement qui pourrait autrement s'exprimer. Comme les Nord-Coréens ne peuvent concevoir de système alternatif, ils manifestent un soutien remarquable au régime, malgré les mauvais traitements, la famine et la pauvreté. Le respect pour Kim Il Sung reste grand, bien qu'il semble y avoir un certain mécontentement envers la direction politique de Kim Jong Il. Cependant, de telles inquiétudes trouvent rarement la moindre forme d'expression, étant donné que les informateurs sont largement répandus dans toute la société.

Ceux que l'on considère comme des citoyens dont le soutien ou la loyauté n'est pas absolue sont punis de manière rapide et brutale. Les cibles privilégiées des sanctions sont, entre autres, ceux qui paraissent avoir quelque sympathie ou quelque lien avec la Corée du Sud et ceux qui ont des croyances religieuses.

Il n'est pas possible de dresser un tableau véritablement systématique des châtiments. Bien que certaines tendances générales claires émergent des témoignages recueillis, il y a des différences de traitement dues aux diverses pratiques locales, aux relations et réactions individuelles. Il y a cependant des châtiments spécifiques qui sont fréquemment mentionnés. Pour cette raison, les exemples particuliers donnés ci-dessous sont présentés comme des pratiques générales. Ils sont fondés sur des témoignages de victimes et d'auteurs de violations des droits de l'homme, mais inévitablement ils donnent une image simplifiée de la situation.

Les Nord-Coréens le savent pertinemment, si on les considère comme de mauvais citoyens ou si on juge qu'il sont liés à quelqu'un qui a déplu au système d'une manière ou d'une autre, on viendra les chercher chez eux, souvent de nuit et avec toute leur famille, et ils disparaîtront de la société. Les Nord-Coréens font régulièrement allusion à ce phénomène et citent des cas de connaissances qu'on est venu chercher et qu'on n'a jamais revues. Les témoins pensaient que les personnes en question étaient emmenées pour des détentions de longue durée, par exemple dans des camps de prisonniers, ou qu'elles étaient tuées.

Interrogatoires

Dans la pratique courante, semble-t-il, ceux qu'on soupçonne de « crimes politiques » (ce qui comprend des actes mineurs interprétés comme de l'irrévérence) sont incarcérés et interrogés par l'Agence de Sécurité d'Etat (SSA, State Security Agency). Certains prisonniers rapportent qu'ils ont été détenus à trois niveaux du système de la SSA, à savoir : le niveau du gouvernement central, celui de la province et celui du district ou de la ville.

Torture

Les interrogatoires incluent de manière routinière de nombreuses formes de torture, brutales et horribles. Les témoignages recueillis font état de trois sortes de torture par l'eau, de passages à tabac, de sévices sexuels et de viols, auxquels s'ajoutent des agressions psychologiques et verbales. La privation de sommeil est une tactique courante qui, de l'avis des victimes comme des tortionnaires, est particulièrement efficace dans les interrogatoires. Dans certains cas sérieux, la privation de sommeil est obtenue par la torture de l'immersion : s'endormir, c'est se noyer. Un autre traitement cruel consiste à suspendre les détenus par les poignets au plafond ou à des barreaux, et à utiliser des billes de bois, des pistolets, des étuis de revolver, des perches de métal et des tisonniers en bois, ainsi que des coups de poing et des coups de pied pour infliger des souffrances et blessures terribles ; on fait aussi pénétrer des objets dans le corps, y compris dans le vagin.

Même à l'extérieur des salles de torture, la violence peut être féroce. Dans plusieurs cas, des prisonniers qui, estimait-t-on, bougeaient sans permission, ont été forcés de passer les mains à travers les barreaux de la porte, et le garde les frappaient ou les piétinaient sans merci jusqu'à ce qu'elles saignent et que la peau soit en lambeaux. Un prisonnier incarcéré pour un délit mineur a décrit ainsi l'état d'un de ses codétenus qui avait été placé dans une salle de punition spéciale : l'homme était complètement noir aux endroits où il avait encore de la peau mais une grande partie de la peau de son visage avait disparu, et on ne voyait plus que ses yeux ; il était toujours en vie, mais elle ne tenait que par un fil.

Après l'interrogatoire et la torture dans les locaux de détention de la SSA, on décide de la forme de châtiment qui sera appliquée. On n'a jamais entendu dire qu'un accusé de crimes politiques ait été relâché après ce processus d'interrogatoire.

Absence de procès équitable

Dans certains cas, une forme de procès avait été organisée. Dans d'autres, il n'y avait aucune procédure de ce genre, pas même une inculpation officielle. Quand des procès avaient lieu, c'étaient de simples rites où l'accusé n'avait aucun droit effectif de présenter sa défense, et il manquait tous les éléments d'un procès équitable et d'une procédure conforme à la loi.

Détention

Après interrogatoire et procès éventuel les prisonniers politiques qui ne sont pas exécutés sont envoyés dans un centre de détention dont ils ne ressortiront probablement jamais, même morts. Ces prisons secrètes sont distinctes de celles utilisées pour les prisonniers non-politiques et prennent diverses formes, y compris de prisons surpeuplées étroitement surveillées, et des camps de détention qui sont de grands espaces entourés de barbelés et de miradors.

Les conditions de vie, dans les prisons comme dans les camps, sont brutales ; la cruauté est seulement fonction de l'imagination des gardiens. Pour tous les prisonniers les conditions de vie sont inhumaines : sous-alimentation extrême, conditions sanitaires épouvantables et longues heures de travaux épuisants. Mauvais traitements, malnutrition, travail pénible et dangereux déforment le corps des prisonniers. Un gardien a raconté que lorsqu'il a aperçu pour la première fois des prisonniers, il fut stupéfait que de telles créatures, qui étaient toutes infirmes et difformes, puissent encore se déplacer et être au travail.

Une caractéristique notoire des rapports sur les prisonniers est qu'on ne parle pas d'eux comme des humains mais qu'on les considère plutôt comme des êtres infra-humains et des bêtes. On forme les gardiens et des tortionnaires pour qu'ils ne voient pas les prisonniers comme des humains et qu'ils ne professent aucun sentiment de compassion ou d'identification avec eux, en les considérant comme des ennemis indignes de vivre. Quant aux prisonniers, ils décrivent leur impression initiale : les autres prisonniers ressemblent à des bêtes et ils découvrent que la seule façon de survivre est d'oublier son humanité et de se comporter comme un animal qui cherche à survivre.

On sélectionne les tortionnaires pour leur cruauté dans des tests de barbarie croissante. Ne seront sélectionnés que ceux qui infligent le plus de souffrances à leurs victimes et montrent le moins de compassion. Ceux qui montrent quelque humanité ou quelque compassion envers un prisonnier sont susceptibles d'être rétrogradés ou punis eux-mêmes. Les relations sexuelles entre prisonniers et gardiens sont strictement interdites, car cela impliquerait que l'on reconnaisse la femme comme un être humain. Indépendamment du viol des prisonnières, il peut effectivement arriver que des gardiens établissent des relations avec des prisonnières. Si cela est découvert, la prisonnière sera punie brutalement et le gardien sera lui aussi sanctionné.

Prisons

Les criminels qui ne sont pas exécutés, mais qui sont censés être coupables de crimes politiques graves, sont susceptibles d'être envoyés dans une prison où ils seront tenus sous une étroite surveillance dans des conditions de surpopulation carcérale et forcés d'accomplir des heures de travail épuisantes dans les usines attachées aux prisons. On ne leur permettra aucun contact avec leur famille et ils n'ont aucun espoir de jamais quitter le camps morts ou vifs. Selon les informations rapportées par un témoin, de jeunes enfants sont aussi enfermés dans de telles prisons ; mais on ne leur permet aucun contact avec leur mère qui, le coeur brisé, les voit mais sans pouvoir leur apporter la nourriture et la chaleur affective dont ils ont besoin.

Les détenus sont violemment maltraités et soumis quotidiennement à des agressions verbales et physiques, à la cruauté et à des sévices arbitraires. Le travail dans les usines est dangereux, épuisant et déforme le corps. La moindre faute peut avoir pour conséquence le plus sévère des châtiments et les prisonniers meurent souvent de la violence, du surmenage, de la malnutrition et de l'insalubrité. Les prisonniers censés avoir commis un délit grave peuvent être enfermés dans une chambre de punition. Ce sont des cellules mesurant 0,65m × 0,65m × 1m. On considère qu'y être envoyé, dans certaines prisons, équivaut à une condamnation à mort, car l'enfermement peut dépasser le supportable pour un prisonnier affaibli. Même s'ils survivent éventuellement à cette détention, ils peuvent être affaiblis au point d'être incapables de survivre longtemps. D'autres ressortent paralysés de la taille aux pieds après y avoir été détenus pendant l'hiver. Les prisonniers sont incapables de contester de tels châtiments et sont sans défense face aux traitements arbitraires et cruels des gardiens.

Les conditions de vie en prison sont barbares et l'on donne aux prisonniers des rations qui leur permettent juste de survivre. On a pu dire que cette faim constante était pire que des coups. Les prisonniers sont détenus dans des conditions horriblement insalubres, entassés dans des cellules surpeuplées où ils ne peuvent parfois même pas s'allonger complètement. On les prive de sommeil et on leur donne le minimum de vêtements, même dans le froid extrême des régions montagneuses de Corée du Nord.

Camps pénitentiaires

D'autres sont envoyés dans des camps pénitentiaires. Ce sont de vastes zones d'où il est pratiquement impossible de s'échapper. Les prisonniers y vivent dans des conditions abominablement inhumaines dans des groupes de huttes rassemblées en ce qui voudrait être l'équivalent d'un village. Les camps ont différents niveaux de sévérité et il y a souvent différentes sections à l'intérieur des camps. Par exemple, dans un camp, les prisonniers seront séparés de leur famille, tandis que dans d'autres sections du même camp, ou dans un autre camp, les prisonniers pourront vivre avec leur famille.

Certaines zones sont désignées comme zones de re-socialisation. Là, les prisonniers sont encore considérés comme ayant une chance d'être réintégrés dans la société. Ceux qui sont détenus dans les autres parties du camp sont jugés indignes d'une telle réintégration. Les premiers sont soumis à une rééducation tandis que ceux qui sont détenus dans les autres catégories de prisons et de camps sont considérés comme irrécupérables.

Les prisonniers des camps doivent accomplir de longue heures de travail épuisantes, reçoivent des rations réduites au minimum et sont soumis à de terribles sévices et à des traitements arbitraires. Ils n'ont aucun droit (sauf celui, peu respecté, de ne pas être tués arbitrairement s'ils ne font pas preuve d'insubordination) et sont à la merci des gardiens qui les maltraitent et les insultent selon leur bon plaisir. Les conditions sanitaires sont épouvantables : toilettes insuffisantes, pas d'aménagements pour laver le linge, pas de savon ni de poudre à laver. Les prisonniers n'ont pas de quoi se changer, de sorte que, s'ils peuvent laver leurs vêtements, ils doivent les laisser sécher sur eux, même s'il gèle. On ne fournit même pas de serviettes hygiéniques aux prisonnières, de sorte que celles qui ont encore leurs règles travaillent tout simplement en perdant leur sang.

Bien que la surveillance des gardiens ne soit pas aussi absolue que dans les prisons les plus dures, la vie des détenus est totalement contrôlée et tous leurs choix dépendent du caprice des gardiens. Bien que les familles soient dans certaines conditions autorisées à vivre ensemble, on empêche en général la procréation parmi ces groupes soit par des méthodes directes soit par l'organisation parfaitement contrôlée des heures de travail. Il peut arriver qu'un couple reçoive l'autorisation de se marier, mais c'est une récompense très peu fréquente destinée à encourager les prisonniers à travailler très dur. Les autres prisonniers se voient refuser ce droit élémentaire. Même dans le cas précis où le mariage a été autorisé, bien souvent le couple ne peut se voir que rarement du fait de la manière dont on leur impose leurs horaires de travail.

Les familles des prisonniers politiques

Prendre les familles pour cible est un aspect particulièrement perfide du système. Dans la majorité des cas décrits, la famille du prisonnier a été emmenée en prison en même temps que le « criminel ». Il peut ainsi se produire que des enfants grandissent et passent toute leur vie dans les camps, sans jamais connaître d'autre vie que ces dures conditions.

Exil intérieur

Une autre sanction réservée aux citoyens que l'on considère comme insatisfaisants est de les exiler dans les rudes et froides zones montagneuses où il est plus difficile de gagner sa vieque dans les autres régions de la Coréedu Nord. Cette tactique, consistant à enlever toute possibilité de gagner sa vie tout en refusant d'aider ces zones est utilisée par le régime pour la répression de ceux que l'on juge appartenir aux groupes d'opposition.

Expériences sur des êtres humains

Nous avons reçu un certain nombre de compte-rendus qui décrivent des expériences sur des prisonniers politiques.On penseque le Troisième Bureaupratique des expériences sur des êtres humains et utilise des prisonniers politiques pour leurs activités. Des témoins qui ont décrit les expériences chimiques sur les prisonniers politiques ont rapporté que celles-ci étaient pratiquées d'abord sur des animaux, puis sur des humains. Un témoin oculaire nous a rapporté la manière dont sept prisonniers politiques -- un couple d'un certain âge, un homme d'une vingtaine d'années, ainsi qu'un couple et leurs deux enfants âgés de 10 et de 7 ans - ont été enfermés dans des chambres à gaz. Dans la première chambre, le gaz les fit souffrir abominablement, et dans seconde, il les tua. Même au coeur de telles souffrances abominables, la mère serrait toujours sa plus jeune enfant très fort contre elle.

Exécutions

Même l'emprisonnement n'est pas le pire des châtiments pour ceux qui sont présumés coupables de crimes, politiques ou autres. Les exécutions, arbitraires ou programmées, font partie du fonctionnement des prisons et des camps, mais elles se pratiquent également à l'extérieur des camps.

Les Nord-Coréens rapportent fréquemment qu'ils ont été témoins d'exécutions. Les évaluations psychologiques révèlent chez eux un syndrome de stress post-traumatique et ils décrivent des cauchemars au cours desquels il revoit ces exécutions.

Les descriptions des exécutions dépeignent souvent des scènes semblables. De manière habituelle, les témoins oculaires voient des victimes qui, de toute évidence, ont été torturées, traînées dehors devant un rassemblement de gens. Les victimes sont mises hors d'état de parler par une pierre qu'on leur a enfoncée dans la bouche. Dans certains cas a lieu une parodie de procès régulier, avec lecture publique de l'acte d'accusation et relation des faits par des témoins. L' « accusé » n'a aucune occasion de parler. En réalité il semble bien qu'on ait là un spectacle public plutôt qu'une audience publique, et les témoins dénoncent la victime plus qu'ils n'apportent leur témoignage, en tentant de se distancer du délit pour éviter d'être eux-mêmes punis.

La plupart des récits dépeignent les victimes attachées à un poteau par trois bandelettes ou cordes ou fils métalliques. Il y a souvent trois tireurs d'élite ; chacun tire trois fois en visant les cordes, une balle pour la tête, une pour le coeur, une pour l'estomac. De nombreux témoins ont expliqué que la victime tombe progressivement vers l'avant à chaque balle au fur et à mesure que les cordes sont coupées, avant de s'effondrer par terre à la dernière.

On utilise d'autres formes d'exécutions et le nombre de tireurs et de balles varie. On a aussi décrit d'autres manières d'assujettir le prisonnier. Un témoin oculaire a rapporté comment les victimes étaient assujetties à une structure en forme de croix par six bandelettes, une autour de la poitrine, une autre autour de la taille, deux aux épaules et aux poignets.

Souvent, les délits visaient simplement à se procurer de la nourriture, par exemple en volant une vache ou en échangeant des biens publics contre de la nourriture.

Liberté de culte

Elle est sévèrement réprimée en Corée du Nord. Les Nord-Coréens rapportent systématiquement qu'être chrétien dans leur pays est considéré comme un délit très sérieux. Kim Il Jung a été porté aux nues et on le révère comme un dieu que l'on doit suivre avec une obéissance sans failles. Une répression impitoyable s'abat sur ceux qui croient en une puissance plus grande et le nom même de Dieu a été banni de la Corée du Nord. De nombreux Nord-Coréens deviennent chrétiens quand ils quittent leur pays et mentionnent régulièrement les parallèles remarquables qui existent entre la façon dont ils étaient contraints de vénérer leurs dirigeants et la façon dont ils adorent Dieu.

Les croyants ne sont pas libres de se regrouper. La surveillance policière et l'action des informateurs sont si répandues que se rassembler serait périlleux. Fréquemment, même les parents évitent que leurs enfants soient au courant de leur foi, dans la mesure où les enseignants questionnent les enfants pour qu'ils trahissent sans le vouloir leurs parents. Tous ceux qui vivaient à l'extérieur de Pyongyang ont déclaré qu'ils n'avaient jamais vu d'église ou même de Bible avant de quitter leur pays. Bien qu'il y ait trois églises dans la capitale, de nombreux témoignages indiquent qu'elles existent seulement comme vitrines.

Un certain nombre de Nord-Coréens ont rapporté des cas de disparitions de personnes considérées comme chrétiennes ainsi que de leur famille. Bien qu'il y ait eu une forte présence chrétienne en Corée du Nord dans le passé, la plupart des chrétiens ont fui quand cela était encore possible, ou ont été martyrisés depuis. On sait qu'il y a des chrétiens dans les camps. Un certain nombre de comptes-rendus affirment qu'ils y sont traités particulièrement durement. Même les prisonniers frappent les chrétiens d'ostracisme car la propagande les a persuadés que c'étaient des malades mentaux. Un prisonnier a décrit un village spécial de familles chrétiennes à l'intérieur d'un camp. D'autres relatent avoir vu de chrétiens sommés de renier leur foi, et exécutés publiquement ou arbitrairement.

Châtiments des émigrés illégaux

L'exécution a été particulièrement souvent mentionnée comme châtiment pour les Nord-Coréens qui reviennent de Chine après avoir eu des contacts avec des chrétiens ou avec des Sud-Coréens. Un certain nombre de témoins oculaires ont décrit de telles exécutions, dont plusieurs ont eu lieu à Musan et Onsong.

Les autres émigrants illégaux qui rentrent en Corée du Nord sont interrogés et châtiés. D'après nos informations, ceux qui sont ainsi pris sont susceptibles d'être interrogés par la SSA pour voir s'ils entrent dans l'une des catégories de criminels particulièrement dangereux. Hommes et femmes sont entièrement déshabillés, et on oblige les femmes à s'accroupir et à s'allonger de façon répétée pour vérifier qu'elles n'ont pas d'argent caché dans leur vagin. Les détenus racontent le processus habituel : on les enferme dans une cellule surpeuplée où il leur est interdit de se déplacer sans permission. Ceux qu'on surprend en train de se déplacer sont sévèrement battus et punis. Parfois les gardiens refusent la permission d'aller aux toilettes. On vérifie les excréments pour s'assurer que le détenu n'a pas avalé d'argent.

Avortement forcé et infanticide

Les femmes qui sont devenues enceintes en Chine sont une cible particulière en détention. Selon un certain nombre de témoignages provenant de co-détenues, toutes celles qu'on découvre enceintes de Chinois sont emmenées pour des avortements forcés. Les officiels nord-coréens disent qu'ils veulent pas de "Chintoks », et font des remarques désobligeantes et insultantes sur le fait de coucher avec des Chinois. (Beaucoup de ces femmes n'ont pas le choix : elles sont recueillies à leur arrivée en Chine par des hommes qui prétendent les aider, puis emmenés dans une maison où, à leur insu, elles sont vendues comme épouses, après quoi elles doivent subir des abus sexuels et physiques horribles, jusqu'à être enfermées à clef et louées comme propriété de l'homme). Les témoins ont parlé de co-détenues enceintes, emmenés, puis ramenées sans leur bébé, se plaindre de l'immense chagrin, de la douleur et de la violence qu'implique un avortement forcé. Une femme raconte comment elle a vu personnellement une prisonnière donner naissance à un bébé ; les infirmières ont coupé son cordon ombilical puis l'ont étouffé avec une serviette mouillée.

Situation à la frontière

Malgré ses obligations comme signataire de la Convention des Nations Unies de 1951 relative au Statut des Réfugiés et son protocole de 1967, la Chine se refuse systématiquement à reconnaître l'existence de réfugiés venus de Corée du Nord et refuse à la Commission des Nations Unies sur les Droits de l'Homme tout accès à la zone frontalière, ce qui permettrait de faire une évaluation indépendante. Les preuves fournies par ceux qui se sont échappés de Corée du Nord et par ceux qui ont enduré des châtiments pour cette raison démontrent clairement que la Convention de 1951 offre une protection aux Nord-Coréens. Cependant la Chine continue sa politique générale de refuser les demandes d'asile des Nord-Coréens et les rapatrie tous, violant ainsi ses obligations, y compris celles que stipule l'article 33 qui protège contre le refoulement.

En Chine, les Nord-Coréens endurent une peur et des sévices terribles du fait qu'ils doivent vivre cachés des autorités. Ceux qui sont pris et détenus en Chine avant d'être rapatriés peuvent être soumis à des traitements très cruels. Des témoins oculaires rapportent que des Nord-Coréens ont été attachés l'un à l'autre par du fil de fer passé à travers leur poignets ou leur nez avant d'être rapatriés.

Actuellement, la situation est très tendue à la frontière de la Chine avec la Corée du Nord. Il y a eu une répression sévère et un grand nombre de Nord-Coréens ont été rapatriés. Ceux qui apportent une assistance aux Nord-Coréens en les abritant ou en les aidant à quitter le pays ont été aussi visés : un certain nombre de missionnaires étrangers ont ainsi été emprisonnés et soumis à de durs traitements en Chine. De nombreux rapports, particulièrement en juillet de cette année, signalent que les autorités chinoises offrent des récompenses pour des informations sur les lieux où se cachent des Nord-Coréens et sur les militants qui les abritent ou les aident. Les sommes proposées seraient de l'ordre de 70 € pour des informations sur les réfugiés et 10 fois plus (700 €) pour des renseignements sur les missionnaires ou les militants qui les ont aidés.

10 Decembre 2002

 


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Page MAJ: 3 novembre 2004
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