JSM
119 Bd de Montparnasse
F-75006 Paris
Email: contactatjsmddh.com
www.jsmddh.com
Justice et Solidarité Mondiales
fr
logo.gif (14260 octets)

Chapitre 5

Nyamlell

p. 298 Dès lors, Caroline croyait qu’elle connaissait pas mal du tout le Soudan. Mais rien ne pouvait la préparer à ce qu’elle découvrit à Nyamlell. A proximité de la ville se trouvait un terrain d’aviation que le gouvernement avait fermé à l’aide humanitaire. Comme d’habitude, tout accès était interdit aux ONG. Mais a peine leur Cessna Caravan avait-il touché la piste d’atterrissage, faisant tournoyer des nuages de poussière, que des gens apparurent de tous côtés pour les saluer ; leur soulagement se lisait très clairement sur leurs visages. « Nous remercions Dieu de votre venue », dit le gouverneur Aleu Akechak Jok, un homme qui portait des lunettes, rasé de près et habillé à l’occidentale. « Nous pensions que le monde nous avait complètement oubliés. »

Tout avait basculé le 25 mars 1995 avec l’irruption des hommes de la milice. Encouragés et armés par le gouvernement de Khartoum, quelque 2 000 hommes à cheval avaient fait une descente sur le village. C’étaient des Arabes des tribus rizeiqāt et misseriya, ainsi que des soldats et des membres des Forces de Défense Populaire. Ils tuèrent 82 personnes, en majorité des hommes, et en blessèrent beaucoup d’autres, laissant les personnes âgées pour mortes. Ils incendièrent des maisons, s’emparèrent des animaux de ferme, dépouillèrent les villageois de tous leurs biens personnels - même des plats de cuisine - et rassemblèrent le bétail. Et tels un troupeau derrière les chevaux, avec le bétail, furent emmenés 282 femmes et enfants. La réponse du gouvernement fut de fermer le terrain d’aviation pour empêcher l’aide humanitaire extérieure d’atteindre les villageois et pour empêcher le monde extérieur de voir ce qui s’était passé.

Huit semaines s’étaient écoulées avant l’arrivée de Caroline. Dans les ruines noircies de leurs tukuls, les habitants du lieu qui sont encore là font la queue pour témoigner. D’autres apparaissent de la brousse après avoir marché des heures pour décrire des attaques semblables sur leurs villages. « Nous étions armés de lances et ils étaient armés de kalachnikovs », dit Garang Amok Mou, qui perdit sept frères - quatre tués et trois faits prisonniers. « Mes frères ont été tués parce qu’ils tenaient des lances pour essayer de sauver leur famille, et ils ont été fauchés par les fusils automatiques. »

Abuk Marou Keer, une aveugle, porte un haut gris déchiré sur une jupe de couleur pastel. Elle raconte comment on la mit debout de force et elle se trouva presque étranglée par son collier de perles. Elle fut rassemblée avec les autres prisonniers, battue puis obligée à marcher. Incapable de voir, elle trébuchait derrière les chevaux, ayant le plus grand mal à transporter des biens pillés par leurs ravisseurs. Leur destination était un camp de travail agricole à Araith, à 29 kilomètres au nord. « Quatre prisonniers ont été assassinés par les Arabes », dit-elle, « et beaucoup de femmes ont été violées. » Elle en faisait partie. « Les soldats ont dit que c’étaient en représailles après la mort d’un de leurs chefs dans un raid contre Nyamlell. » Elle continue, parlant d’elle au pluriel : « Nous ne sommes pas arrivés à Araith avant le début de la matinée suivante. On nous forçait à piler des céréales du matin au soir. Tout ce que nous avions à manger était les déchets des céréales moulues. Nous étions battus, parfois fouettés, mais ils nous laissaient les mains libres. Nous avons dit à nos gardes que nous allions faire un petit tour. Ils ont probablement pensé que nous n’allions pas nous enfuir parce que nous étions aveugle. »

La mère d’Abuk fut également laissée sans surveillance par les Arabes et parvint à rentrer chez elle, mais ses enfants étaient encore prisonniers. Le petit Deng Deng, et sa sœur aînée, Kadija Abuk, furent faits prisonniers par les hommes de la milice, ainsi que les deux enfants de sa sœur qui s’étaient trouvés dans le tukul. La fille d’Abuk avait été ses yeux, l’emmenant à la rivière pour rapporter de l’eau et dans la forêt pour chercher du combustible. Maintenant sa mère doit la guider, marchant devant elle avec un bâton entre elles pour qu’Abuk s’y accroche. Ses enfants lui manquent terriblement. « Je ne peux vivre sans eux », explique-t-elle de sa voix douce et haut perchée. « Si je ne les retrouve pas rapidement, je vais vouloir me tuer. Simplement mourir. Si je vis, j’espère que Dieu me les ramènera. »

Akuol Maroor explique ce qui leur est arrivé à lui et à son fils, Athem, quand les hommes de la milice ont fait irruption dans l’enceinte d’Agro-Action. Comme Abuk Marou, on les avait emmenés dans une marche forcée, portant des biens pillés dans leur village. Des gens étaient battus pendant cette marche. Certains furent tués. Beaucoup de femmes furent violées. « Nous avons eu plus de chance que la plupart », dit Akuol. « Quand nous sommes arrivés à notre destination, j’ai été repéré par un des membres de ma famille qui était employé par le gouvernement soudanais. Il nous a pris chez lui et j’ai fait des travaux domestiques pour lui. Nous avons été libérés il y a quatre jours, lorsque ma famille de Nyamlell s’est arrangée pour nous racheter contre deux boîtes de balles. Athem et moi sommes revenus à Nyamlell il y a deux jours. »

Akuac Amet, cinquante ans, raconte à Caroline comment elle perdit conscience en étant battue avec une massue. Quand elle revint à elle, elle ne pouvait plus bouger ses jambes. Elles étaient paralysées. Ses quatre fils qui s’étaient occupés du bétail gisaient morts dans le champ. Sa fille de quatorze ans, Ajak, avait été enlevée. « Les pillards sont partis en emportant tout ce que je possédais », dit-elle. « Je n’ai absolument plus rien. La propriétaire de ce tukul m’aide à survivre. »

Cette propriétaire s’appelle Adut Wol Ngor ; c’est une vieille femme menue, aux cheveux grisonnants, qui parvient d’une manière ou d’une autre à s’occuper de 62 victimes du raid de mars. « Ils ont battu Akuac si violemment qu’il était impossible de savoir si elle était vivante ou morte », dit-elle. « Je suis venue prendre soin de cette vieille femme et me suis occupée d’elle. Sa fille pourra être restituée si on trouve l’argent - mais il n’y a personne pour payer l’argent. »

Quand les pillards arrivèrent, Adut rassembla tous les enfants qu’elle put trouver et courut avec eux se cacher dans les hautes herbes. « Les ennemis se sont divisés en deux groupes », se rappelle-t-elle, « certains à cheval, d’autres à pied. Ils nous ont trouvés et ont emmené les grands enfants. Quiconque refusait de partir était tué. Ceux qui partaient étaient attachés avec une corde et tirés comme des vaches derrière les chevaux. Certains d’entre eux n’avaient pas plus de sept ans. Nous espérons que Dieu nous amènera la paix et nous ramènera nos enfants », ajoute-t-elle. Comme tous les autres qui témoignent, son attitude est calme et résignée mais, comme beaucoup d’autres, elle a peur que les hommes de la milice ne reviennent. « Nous attendons la mort sous ces arbres. »

Un reporter les interrompt pour demander combien d’hommes ont attaqué. Adut hausse les épaules, « Il y avait trop de poussière - et celui qui veut sauver sa vie ne s’arrête pas pour compter tous les chevaux. »

Les hommes de la milice avaient dépouillé la clinique de tous ses médicaments et de tout son matériel. Il avait fallu trois semaines à la Croix Rouge pour venir évacuer les blessés. Cinq étaient morts en attendant leur arrivée. Cependant, malgré l’incertitude, environ 1 000 personnes rentraient à Nyamlell chaque mois, en faisant le long voyage à pied, préférant mourir dans leurs tukuls que voir venir la fin dans le Nord. Ils avançaient vers une terrible épreuve. Chez les responsables des communautés la rumeur circulait que le Soudan recevait des fonds d’une ligue islamiste pour ouvrir jusqu’au cœur de l’Afrique une route afin d’y implanter leur version enflammée de la foi. Ils avaient l’intention de s’emparer du continent pour le compte des intégristes. Seuls les Monts Nouba et le Sud-Soudan barraient leur route.

Le 25 mars, les deux prêtres catholiques de Nyamlell s’enfuirent à toute vitesse pour échapper à la mort. Ils se retrouvèrent sains et saufs mais ne revinrent jamais, laissant à une poignée de jeunes catéchistes déterminés la tâche de diriger l’Eglise. L’un d’entre eux, Gino Aguer, est perché sur un banc dans l’église, se penchant en avant pour souligner ses paroles. C’est presque la tombée de la nuit et le bruit des criquets emplit l’air. La lumière entre à flots par les impacts de balles et d’éclats d’obus répartis sur le toit de tôle ondulée. « Si l’Eglise ne reste pas avec les fidèles », dit-il, « tous les enfants seront finalement islamisés. Nous, qui sommes plus âgés, nous pouvons résister, mais on peut manipuler les enfants par la nourriture et les vêtements. »

Il a à peine dépassé vingt ans et est aussi maigre que fervent. « Nous souffrons de nudité, de maladie et de faim », poursuit-il. « L’Eglise se doit d’être ici. S’il vous plaît, dites au monde que nous sommes chrétiens et que nous souhaitons le rester. »

Un rapport fu fait, mais l’histoire d’Adut Wol et d’Abuk Marou et la requête du catéchiste semblèrent tomber dans l’oreille de sourds. Alors que des organisations de défense des Droits de l’Homme commençaient à parler ouvertement du Soudan, les médias et les dirigeants du monde entier restaient sourds. Mgr Macram Gassis lança un appel à la communauté internationale : « le silence des dirigeants européens, américains et canadiens et leurs tergiversions - demain, toujours demain - aide bien le gouvernement soudanais à éliminer son peuple par le génocide et le nettoyage ethnique. L’indifférence et le silence des dirigeants chrétiens sont les complices des actes inhumains perpétrés par le régime et leur silence est en train de tuer notre peuple. »

Caroline était résolue à faire que l’appel de l’évêque soit effectivement entendu. CSI avait entrepris de mettre le Soudan et son nouveau commerce d’esclaves en plein sous le feu des médias. Mais elle n’eut pas le temps de passer à l’action : il se produisit deux événements qui projetèrent le Soudan au cœur de la scène. Le premier était une tentative d’assassinat et le second, une visite d’un personnage de premier plan à Khartoum.

Des assassins frappent

Le 26 juin, la limousine blindée du Président égyptien, Hosni Mubarak cheminait à travers Addid Abeba. Le Président venait de quitter l’aéroport et se rendait à une réunion de l’Organisation de l’Unité Africaine. L’insécurité politique du continent était la question numéro un du programme.

Son cortège de voitures ralentit, et s’arrêta de manière inattendue. Ils étaient retardés par un fourgon bleu qui semblait bloquer la route. Soudain, le Président remarqua un homme à plat ventre sur le sol. Puis il entendit le crépitement des mitrailleuses. Monsieur Mubarak lui-même raconte la suite de l’histoire :

Il y avait cinq ou six [hommes armés]. Certains étaient sur le toit d’une des maisons, les autres dans la rue. C’était épouvantable. Ensuite je me suis rendu compte que des balles se dirigeaient vers notre voiture. C’est une voiture blindée et alors je n’avais pas peur que quoi que ce soit traverse. Une balle a frappé la vitre mais il ne s’est rien produit. Le chauffeur était égyptien... et je lui ai dit de retourner à l’aéroport.

Le chauffeur fit demi-tour et tira le Président de ce piège infernal. Monsieur Mubarak survécut et raconta son histoire aux journalistes qui l’attendaient. Pendant ce temps, ses gardes du corps s’engagèrent dans une fusillade devant la mission palestinienne, criblant de balles une Volvo grise et tuant plusieurs assaillants. Le Président Mubarak reprit sans tarder l’avion pour le Caire, où la télévision d’Etat, dans ses programmes, remerciait Dieu qu’il ait échappé à la mort.

Plus tard, on montra aux journalistes la cachette des hommes qui avaient préparé l’assassinat, une maison louée près de la scène de l’attaque. A l’intérieur, il y avait des fusils d’assaut, des lance-grenades, une valise piégée et des publications islamiques.

Le Président Mubarak était arrivé au pouvoir en 1981, après une tentative d’assassinat réussie contre Anouar Sadate par des extrémistes musulmans. Sous Monsieur Sadate, l’Egypte avait été le premier pays à conclure la paix avec Israël - politique soutenue et entretenue par son vice-président et successeur, Hosni Mubarak.

Sa réélection en 1993 fut suivie d’une explosion de violence des islamistes qui cherchaient à imposer le genre de régime intégriste en place en Iran et au Soudan. Monsieur Mubarak répondit en réprimant sévèrement les extrémistes. Ils réagirent en redoublant leurs efforts pour le chasser.

Il y avait eu plusieurs complots contre le Président. Le dernier avait été revendiqué par l’organisation terroriste égyptienne, Gama’a al-Islamiya, qui prenait l’engagement de poursuivre sa guerre sainte jusqu’à ce que la loi islamique soit instaurée en Egypte. Des sources occidentales pensaient que Gama’a al-Islamiya était armée et soutenue par le Soudan.

Monsieur Mubarak et d’autres identifièrent le chef d’orchestre des terroristes : c’était tout simplement le Soudanais Dr Hassan al-Turabi. Le Ministre éthiopien des Affaires étrangères, Seyoum Mesfin, déclara avoir des « preuves accablantes prouvant l’implication directe des responsables soudanais de la sécurité » , et l’Organisation de l’Union Africaine ajouta sa voix à cette accusation.

La police des frontières de l’Egypte et du Soudan s’affrontèrent dans le territoire contesté de Halaib et le Dr Turabi proféra de vagues menaces de guerre puis la tension retomba et l’intérêt des journalistes passa à d’autres sujets.

Un régime de violence

Le Soudan attira à nouveau l’attention des médias dans les quelques mois qui suivirent lorsque l’archevêque de Cantorbéry fit son second voyage dans le pays en deux ans. La fois précédente il avait décliné une invitation du gouvernement à venir à Khartoum, choisissant plutôt de visiter le Sud, tenu par les rebelles. Dans les deux occasions, le Dr Carey refusa de respecter la convention selon laquelle les grands personnages en visite officielle devraient confiner leurs remarques à des généralités anodines.

Sur la Place Verte de Khartoum en octobre 1995, l’archevêque s’adressa à un public de plusieurs milliers de personnes. Il s’excusa auprès des musulmans pour toute persécution passée due aux chrétiens, ce qui était « absolument contraire à l’amour dont notre Seigneur nous commande de nous aimer les uns les autres. »

Il assura qu’il n’attaquait pas l’islam mais poursuivit avec un avertissement : « Le processus d’islamisation imposé à une nation sape les libertés fondamentales. C’était un écho délibéré des paroles que le Pape Jean Paul II avait prononcées lorsqu’il était lui-même venu deux ans plus tôt :

p. 303 Les immenses souffrances de millions de victimes innocentes m’obligent à exprimer ma solidarité avec ceux qui sont faibles et sans défense qui implorent l’aide de Dieu demandant la justice et le respect de leur dignité d’êtres humains reçue de Dieu, les Droits de l’Homme fondamentaux, la liberté de suivre et de pratiquer leur religion sans peur ni discrimination.

La veille de cette visite pontificale, les réfugiés miséreux de Khartoum se virent offrir des vaches, des chèvres et des avantages en espèces pour ne pas aller écouter son discours. Maintenant, tout comme le Pape avant lui, le Dr Carey en appelait à un dialogue et une coopération plus importants entre musulmans et chrétiens.

S’adressant à tous globalement comme à des croyants, l’archevêque demanda : « Quand nous nous attaquons mutuellement, quand nous détruisons nos vies - physiquement, effectivement et spirituellement - nous nous mettons en opposition avec Dieu. Comment pouvons-nous, hommes de foi, agir ainsi ?

« Mes frères et sœurs chrétiens qui vivent dans ce grand pays du Soudan... ne sont pas traités en égaux. Ils se sentent souvent persécutés par les lois de ce pays. La liste des griefs que les chrétiens ressentent est longue et pesante. La tolérance religieuse, qui devrait être au cœur de toute nation civilisée, ne leur est pas accordée. » Puis, s’adressant aux chrétiens ans le public, il ajouta : « J’entends parfois dire que vous vous sentez un peuple oublié. C’est faux. Les yeux de vos frères et sœurs chrétiens du monde entier sont sur vous, et notre cœur est avec vous dans votre souffrance. »

Alors que le Dr Carey mit les islamistes mal à l’aise, il fut accueilli avec jubilation par la communauté chrétienne le remplit de joie. A Juba, des foules nombreuses bordaient les rues de l’aéroport à la cathédrale anglicane, où l’archevêque célébra un office en plein air pour une assemblée de 50 000 fidèles. Dans une allocution intitulée « L’Eglise crucifiée », il fit référence aux « terribles histoires » de persécution au Soudan, notamment « les tortures, les viols, les destructions de biens, l’esclavage et la mort. » Il ajouta : « Je somme les responsables de tels comportements inhumains d’arrêter. » Caroline était l’une des personnes qui avaient expliqué la situation à l’archevêque avant sa visite.

« Dans un tel contexte », poursuivit-il, « je ne serais pas surpris d’entendre des histoires d’Eglise qui agonise, de gens qui perdent cœur et courage. Mais c’est tout le contraire. Le Christ crucifié est ressuscité et vivant au Soudan, son message se répand et son corps grandit à une vitesse presque incroyable. Au milieu de la souffrance qui afflige tant de Soudanais il y a un courage et une force d’âme qui sont véritablement chrétiens.

« Le régime permanent de peur, de soupçon et de violence dans lequel vous êtes si nombreux à vivre suffirait à briser l’esprit le plus solide. Vous avez eu à survivre en pleine brousse, traqués et détestés ... Pour ne pas être brisés, vous devez dans la mesure du possible tenir ferme dans les promesses de Dieu et la présence du Seigneur dans tout ce que vous faites. »

Puis l’archevêque poursuivit en citant un Soudanais anonyme qui vivait en Grande Bretagne : « Tout », dit-il, « ne se résume pas à de la tristesse. Dans les périodes difficiles nous découvrons qu’il y a un esprit plus grand que nous-mêmes qui nous encourage. Nous n’oublions pas de chanter ... Nous chantons quand nous sommes dans la joie et nous chantons quand nous sommes dans le deuil. Partout au Sud-Soudan les gens souffraient mais ils nous ont accueillis en chantant ... La tragédie ne sera pas absolue tant que les gens chanteront. »

Une envie irrésistible

Ce Soudanais anonyme aurait pu également dire que la tragédie ne serait pas absolue tant qu’il y aurait des rires. Par la suite, Caroline ouvrit un débat sur le Soudan à la Chambre des Lords, avec l’évêque de Cantorbéry comme allié. C’était un de ces moments particulièrement malvenus où son sens de l’humour enfantin, bouée de sauvetage nécessaire lorsqu’on lutte dans un océan de tension, faillit presque la couler.

Les professionnels des médias comprennent bien le problème - on appelle cela le corpsing. Si un fou rire doit se déclencher, ce sera durant la lecture d’une information de la plus haute gravité. C’est le même réflexe qui vous fait éclater de rire lorsque quelqu’un glisse sur une peau de banane. Plus il est déplacé et scandaleux de rire à ce moment, choquant, nuisible à votre carrière - plus l’enjeu est grand - et plus on a envie de se tordre de rire dans des accès d’hilarité incontrôlables. Il n’y a guère de choses qui pourraient être plus incongrues ou déplacées qu’un fou rire dans la Chambre des Lords pendant un débat sur le désastre du Soudan.

« J’avais peur d’ouvrir le débat », dit Caroline, « parce que je savais que j’aurais à faire référence à l’archevêque en lui donnant le titre de Monseigneur le Primat.

Il y avait tous ces gens installés dans la tribune et, sur ce sujet très sérieuse et tragique, j’étais frappée par l’absurdité de ce formalisme. » Heureusement pour elle, pour l’archevêque et pour le Soudan, elle réussit à retrouver sa maîtrise d’elle-même. La visite au Soudan de l’archevêque de Cantorbéry, Primat d’Angleterre, n’aurait pas pu tomber mieux. Elle fut très largement diffusée dans le monde par les médias. Elle donna également à l’Ambassadeur du Soudan à Londres l’occasion de défendre la transparence de son pays à l’adresse de tous ceux qui envoyaient des lettres de protestation sur les violations des Droits de l’Homme. Mais trois semaines plus tard, il y se produisit un autre événement qui devait saisir l’attention des médias du monde entier.

- Le martèlement des sabots
- L’effondrement de l’Empire
- Le cri du djihad
- Guerre dans les Monts Nouba
- Nyamlell

Revenir en haut
Pour savoir comment soutenir l'action de JSM :
e-mail : contactatjsmddh.com
courrier : JSM, 119 Bd de Montparnasse, 75006 Paris
Page MAJ: 18 décembre 2004
Conception et réalisation GLD Informatique : Gilbert LE DREAU Hebergement OVH Annuaire Webmaster Futur PageRank SPIP Valid XHTML 1.0 Transitional Valid CSS!